Chroniques ONABOK #1

 

Pourquoi je déteste Saturne
Kyle Barker
(Delcourt 1999)

Kyle Barker est un auteur américain encore peu connu en France. Ce roman graphique de 200 pages publié en 1990 aux Usa met en scène Anne, pseudo chroniqueuse dans un journal, aux prises avec Ricky, son pseudo copain, Laura, sa soeur, persuadée qu'elle vient de Saturne, et quelques autres.
L histoire se déroule comme une sorte de road-movie qui n est pas sans clin- d'oeil à certains films (Thelma et Louise pourquoi pas). L'intérêt principal de cette BD, en dehors de son scénario très bien cousu, c est le style employé. Ici pas de bulles, mais des vignettes avec le texte en dessous, mêlant voix correspondantes et voix off. Le trait du dessin lui, très fin et épuré est plutôt inhabituel. Un peu déroutant au premier abord, on prend ensuite un réel plaisir, pour finir par une totale admiration pour la rigueur des textes et le rendu général.

 

300
Frank Miller
(Rackam/Vertige Graphic) - Format à l'italienne. 82 p.

On ne présente plus Frank Miller, consacré avec des classiques modernes tels Elektra ou bien Batman : Dark Knight (ou bien la série Sin City plus récemment). 300, sortant de l univers urbain moderne habituel du scénariste se passe en 480 avant JC, et retrace la bataille historique des Thermopiles.
La bas, l'armée persanne, la plus puissante de l époque s'apprête à écraser la Grèce et ses valeurs démocratiques. Un petit détachement de trois cent guerriers va cependant se poser entre le pays en danger et cette vague destructrice. Mais ces guerriers sont plus que des hommes ce sont des spartiates !
Superbe de couleurs éclatantes adaptées à la violence des sentiments et des scènes de batailles, relevé par le format à l'italienne offrant une lecture très aérée, le dessin de Frank Miller, aiguisé comme un glaive, tranche dans le vif.
Un livre beau comme un beau livre.. ou une très bonne BD !
On peut cependant s'interroger sur l'insistance avec laquelle l'auteur nous présente les spartiates comme les défenseurs ultimes de la démocratie, menacée par pes perses négroides. Les spartiates, inventeurs du concept de race pure, de l'eugénisme et de la militarisation des enfants, ...des démocrates ? En tous cas, ils avaient mauvaise hellène.

 

Lapin # 25 (octobre 1999)
Collectif
(L'Association) - 115 p.

Lapin est la revue trimestrielle de l'Association, ce collectif parisien fondé en 1990 et responsable depuis d'un catalogue d'une centaine de BD par des auteurs délirants comme David B., JC Menu, Lewis Trondheim, Mattt Konture, Sfar, Stanislas, Goossens, et j'en passe. (cf l'interview de Jade ). Celle-ci a aussi vu aboutir en ce début d'année son projet : Comix 2000 , l'incontournable anthologie internationale de Bande Dessinées dont vous avez sûrement entendu parler.
Bien que l'Association face à son succès (justifié) ne sache plus à quel saint se vouer, elle reste néanmoins attachée à ses valeurs et ose poser des questions sur son avenir. (cf leur feuille de choux Le Rab de lapin de Janvier). Aussi la périodicité de leur revue est remise en cause.
Toujours est il que comme à son habitude, ce lapin là nous en met plein la tête avec un festival de BD d'auteurs d'origines diverses, tous plus obscurs et intéressants les uns que les autres (pour ceux qui ont l'esprit ouvert en tous cas, ce qui est primordial pour découvrir cet éditeur).
On retiendra tout particulièrement : David B. et sa retranscription d un vieux rêve de 1979, Cizo & Winshluss avec leur strips style années 50 d Arnold et Willy farceurs, Frédéric Boilet et son dessin japonisant, très épuré d une tranquillité apaisante ; l'humour de François Ayroles; les dessins à la picasso (picassiette ?) de Placid; le réalisme humoristique de Guy Delisle en chine; le noir et blanc impeccable à la Charles Burns de Milan Hulsing; la fantastique histoire de Denis Bourdaud; l'éléphant au pyjama rayé (et aux vignettes ondulées) de Jean Pierre Duffour, le conte dément du jardinier fou de Denis Jourdin, l'intégrisme dénoncé de Marjane Satrapi (encore une adepte du style David B.), l'humour grinçant de Touïs et de son petit personnage Mai, etc...
Bref, vous l'avez compris, un pavé dans la mare de la BD actuelle, issu de dix ans de grattage des formes dessinées les plus variées.
A ranger aux cotés de Jade, et de bien d'autres dont nous auront l'occasion de parler dans un prochain numéro d'Onabok.

 

Ghost World
Daniel Clowes
(Vertige Graphique 1999) Et Comme un gant de velours pris dans la fonte (Cornelius 1999) - 80 p.

Daniel Clowes est né à Chicago en 1961. Il a créé la revue Eightball en 1989 dans laquelle Ghost World a été prépublié (distrib. Fantagraphics aux USA)..
Dans cette traduction en français l'auteur nous raconte l'histoire de 2 copines adolescentes : Enid et Rebecca et leurs états d'âme dans une ville américaine contemporaine. Daniel Clowes est ce que l'on peut appeler un auteur punk, à l'instar des frères Hernandez, de la même génération. L'univers de ses récits, bien que servi par un dessin tramé très clair se caractérise par des ambiances glauques. Le cotoiement d'un style hyper réaliste (une observation très juste de la génération des 25-30 ans) et de ces ambiances cauchemardesques nous laissent à chaque fois une douce impression de malaise.
Comme un gant de velours, plus épais (140 pages, et grand format) ne déroge pas àla règle. Ici on est en plein délire Lynchien , avec sadomasochisme récurent, drogues et extra-terrestres. C est un polar déjanté qui ne laisse pas indiffèrent, et qui mérite largement la note 20/20 sur l échelle des BD cultes. Absolument indispensable !
* Ghost world est en cours d adaptation au cinéma, avec aux manettes, Thierry Zirgoff, le même réalisateur responsable du documentaire tordu sur Crumb, et comme principaux interprètes : Steve Buscemi et Tora Birch, la petite blonde vue entre autre dans American Beauty . Plus d'infos sur le site : fantagraphics.com